« Geneva Fake Festival »

Tes petites fêtes de Genève, t’y es attaché quelque part, tout au fond de toi. Si si, cherche bien. Depuis que t’es gosse, les traditionnels feux d’artifice sont devenus un marqueur de ton mois d’août. D’ailleurs t’as tout un tas de souvenirs pyrotechniques. Y’a 20 ans quand t’étais sur les épaules de papa. Y’a 10 ans, quand tu te mettais ta première murge à la Caïpi ou encore y’a trois ans quand ton ignoble mec/nana, t’a posé ledit jour. De quoi mettre une petite dose d’émotion autour de cette manifestation que tu crois, en digne Genevois, t’appartenir.

Tu te trompes.

Les fêtes ne t’appartiennent pas plus, qu’elles ne te sont destinées. D’ailleurs depuis qu’elles ont été rebaptisées «Geneva Lake Festival» le message est clair. Les Fêtes de Genève s’adressent aux touristes et non pas à toi, petit Genevois francophone en mal de fêtes. Le but? Attirer les vacanciers et de préférence, ceux qui arrosent d’argent du pétrole les 5 étoiles de la rade et stimuler tous les commerces et restos du coin. Pour l’économie, c’est la panacée. Pour toi, Genevois lambda, c’est 10 jours de bordel.

« Tu es bien gentil, tu te tais et tu consommes ».

De toute façon, tu n’as pas ton mot à dire. Tu ne mets pas un rond dans cette machine à millions. La manifestation est financée par Genève Tourisme et consorts et c’est pareil pour les emblématiques feux d’artifices que certains croient encore payés par leurs impôts. Donc tu es bien gentil, tu te tais et tu consommes.

Seul hic, c’est que cette fois… La gorgée de caïpi est mal passée. S’il fallait bel et bien dépoussiérer cette manifestation de beaufs, attention de ne pas frustrer pour autant une population dont on a déjà trop confisqué le terrain de jeu. Eh oui, à force de tout aseptiser, ranger, privatiser, commercialiser, faut pas s’étonner d’en voir un certain nombre monter aux barricades.

Depuis cette dernière édition, c’est devenu très clair: le but des fêtes est disons-le, moins de faire la fête que de faire du fric. Un crédo de plus en plus prédominant à Calvingrad, ou devrais-je dire plutôt Calvin-City ou Cal-Végas?

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D’ailleurs, il suffit de se promener un samedi après-midi (jour des feux) sous le soleil de plomb de 15 heures tapantes pour en prendre toute la mesure.

Sur le pont du Mont-Blanc et les bords de la rade, des ouvriers s’affairent pour vérifier les derniers détails autour des kilomètres de chaises plantées par rangées avant de les barricader. Ces places payantes grimpent jusqu’à 95 balles pour les mieux lotis. A ce prix-là, autant dire qu’il ne faut pas y aller avec ses 4 gosses. Le célibat a finalement du bon. A côté des flics, des bagnoles de flics, des flics partout. Des flics qui bouclent le périmètre alentour, bloqué par des dalles en béton, les fameux blocs anti-camion. La rumeur inquiétante de la menace terroriste rôde partout.

Rive droite, au carrefour du pont et de la rue du Mont-Blanc, peu de bruit à part celui d’une génératrice d’énergie garée un peu plus loin. Une espèce de vrombissement sourd dont le son te fait soudainement réaliser l’ambiance mortelle qui règne. Ici et là, quelques badauds se promènent au milieu de la large route désormais piétonne. Plus loin encore, à la hauteur des hôtels 5 étoiles, les stands et les terrasses se succèdent. Les chaises sont quasiment vides et sur les tables, des papiers affichent en grosses lettres : Réservé. Au cas où t’aurais la mauvaise idée d’avoir envie de boire un verre. Puis viennent les enseignes huppées comme le Kempinski dont la blancheur immaculée de la déco te fait mal aux yeux.

Et tout au bout, quelques manèges voudraient, en vain, donner une cadence. On se croirait en plein Far West au cœur battant des fêtes de Genève un jour de feux d’artifice… Même les quelques chariots qui débordent de jouets et de ballons, sonnent un peu faux. Quoique s’ils ont des pistolets de western, ça pourrait devenir marrant.

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Finalement Cal-Végas, ce n’était pas si mal trouvé… En plein cœur du désert du Nevada.

* »Geneva Fake Festival »: Expression employée par certains forains.