L’architecte: le goût de la névrose

Sous ses airs de type ou de nana cool, l’architecte est un dangereux névrosé. Obsédé par les proportions. Boulimique de travail. Fanatique de béton. Ivre d’harmonie. Obnubilé par le gris, le mat, le chromé, le brossé. Phobique du pastel. Il cumule les travers mais aussi les pouvoirs comme celui d’être Super-polyvalent. En plus d’être archi, il est vaguement photographe, artiste à ses heures perdues, un peu designer, parfois dessinateur ou même plombier.

Il est reconnaissable à sa paire de lunettes branchée, le plus souvent de forme ronde. Il roule en vélo. Il vote écolo. Il a toujours un crayon qui traine dans son sac pour redécorer de ses croquis, tous les sets en papier des bistrots de la ville. Ah oui parce que l’archi a souvent besoin de te faire un dessin quand il te parle.

« Mies van der Rohe vs Le Corbusier. Chacun son dieu, chacun son maître. »

A Genève, ils sont trois ou quatre bureaux hyper tendances. Sortes de grosses fabriques qui se regardent en chiens de faïence. Quand tu vas à l’un de leurs événements, tu repars toujours avec un Tote bag au nom de leur bureau et dans lequel ils ont glissé un journal ou une bougie. Leur espace est de préférence dans un style indus’, grandes fenêtres, hauts plafonds. Est-ce à dire qu’ils ne sont tous que des versions dupliquées de la même chose?

Bon, n’allons pas trop loin quand même… C’est vrai que les archis se distinguent en deux grandes familles. D’un côté les Miesiens, de l’autre les Corbuséens. Mies van der Rohe vs Le Corbusier. Chacun son dieu, chacun son maître. Bah ouais, faut quand même un peu de dualité dans cette grisaille mate-monochrome-brossée.

L’archi est aussi doté d’un grand sens de l’observation… Tellement grand que ça en devient gênant. Quand il est venu chez toi, en cinq secondes, il avait déjà noté la hauteur de tes tableaux sur les murs, la hauteur des plafonds, la hauteur de ta pile de livres, la hauteur de tout. Il avait même remarqué ce petit défaut sur ton parquet. Son crédo? Le diable se cache dans les détails. Ton diable à toi vient de passer le palier de la porte.

« Il tient en sainte horreur tout ceux qui se disent décorateurs. »

Du coup, vas-y pour être à la hauteur de son appart’ à lui. La première fois que t’y es allé, son intérieur t’a fait l’effet d’une vitrine de design. Tout est bien aligné, bien ordonné, bien empilé, bien éclairé. Il faut dire que le calepinage (l’art de la disposition) est compulsif chez lui. Il n’a besoin de personne pour mettre en scène son cocon. D’ailleurs il tient en sainte horreur tout ceux qui se disent décorateurs.

eames-bis

Puis il t’a servi ton café dans une tasse art-déco achetée au MOMA avant de s’asseoir dans sa chaise Eames, Barcelona ou Pantone. Un peu collectionneur, il a passé trois heures à te parler d’un croquis de Christo accroché à son mur. Toi tu croyais qu’il avait juste encadré son fameux set de table.

La dernière fois que t’es allé au musée avec lui, t’as remarqué qu’il avait une drôle de façon de le visiter. Pendant que tu regardais une toile, il était en train de s’émouvoir devant une façade en… Béton. Et ça, c’est quand même très fort! Du coup, en ressortant de là, t’as quasi rien vu des oeuvres mais tu sais à présent qu’il existe du béton de type 1, de type 2 de type 3, de type 4. Bref, cherche pas… Sous l’œil de l’archi, c’est tout un autre monde, d’autres perspectives, d’autres visions. J’en sais quelque chose. Ma meilleure amie est l’une des leurs.

Vade retro satana!

Destinations favoris : Berlin, Tel Aviv, Brasilia, Casablanca.
Film préféré : Le ventre de l’architecte.