Le jour où j’ai exécuté ses smileys

T’en peux plus… Depuis que t’as rencontré ce mec y’a deux semaines, ton Whatsapp explose de smileys. Il t’a même déjà bombardé de toute la collection de bonhommes jaunes… Celui qui montre les dents, celui qui pleure de rire, celui qui fait la grimace et j’en passe. Il sait peut-être pas quoi t’écrire mais bon sang, niveau smileys il est inspiré. Tellement inspiré que lorsque tu fais défiler le fil de la discussion, on dirait presque un cortège en marche ou un numéro de cirque tiens. Depuis qu’il a ajouté les singes et les poussins aux bonhommes qui miment, t’es perdue. Ca veut plus rien dire.

La seule certitude que t’aies, c’est que la « smiley parade » existe bien… Et qu’elle se planque dans ton téléphone.

Sacrilège!

Bon. Tu ne veux pas passer pour une vieille réac’ donc tu poursuis la discussion l’air de rien… Parce qu’au fond, le mec tu l’aimes bien. Tu te persuades donc à une vitesse déconcertante qu’il mérite sa chance. Que derrière cette orgie de smileys y’en a bien un ou deux qui sont sincères. Après tout, toi aussi t’en mets parfois. T’envois des tonnes de cœurs à tes copines et souvent même, t’en uses et t’en abuses… Mais bon, ce n’est jamais sans un texte qui ouvre la voie au cortège.

Donc les jours passants, tu continues de répondre en prenant bien garde de ne PAS mettre un de ces foutus bonhommes. Mais rien à faire. L’épidémie continue de se propager. T’optes alors pour la méthode «appel au mimétisme». En gros, tu bifurques sur un registre très très soutenu afin d’inciter l’autre à en faire autant. Dès lors, «j’ai rien capté à ton SMS» devient «mon incompréhension à ta missive est à son paroxysme». Mais que nenni. Il persiste et signe:

Peu importe ce que tu m’enverras, des smileys tu recevras.

Autant dire que j’ai été patiente. Très patiente. Vraiment beaucoup. Mais ce soir là, confinée dans ce bar entre les «r» roulés d’une italienne en pleine opération de séduction, le «bip» de mon téléphone annonçant mes 5% de batterie restants et le bruit des glaçons indiquant que mon verre est vide, je reçois le smiley de trop.

🙂 🙂 🙂

Pire, je ne reçois QUE des smileys. Pas un mot. Rien. Nada. Niet. Juste trois bonhommes qui ricanent, mon sang qui ne fait qu’un tour et mon téléphone qui se transforme d’un coup en 357 Magnum. Cette fois s’en est trop! Je vais méthodiquement et soigneusement, lancer un commando armé pour exécuter cette bande de rigolos. Leur faire bouffer leur sourire, achever de leur couper la tête et les brûler vifs tiens!

3 options s’offrent moi:

Option 1: Affaiblir puis achever son adversaire. C’est la guerre de tranchées. On mise tout sur l’épuisement progressif des forces opposées. Traduisez: On s’adonne à un échange de smileys jusqu’à ce que l’autre crache une phrase syntaxiquement correcte. Et c’est parti pour une tranchée de smileys suivie d’une autre. Une fois que le bras de fer est gagné, on l’achève en contrant toute ses tentatives d’agencement de mots en répondant par la négative. Hop, affaire classée. On s’en sort l’égo intact mais les mains un peu sales. Parce que oui, la guerre de tranchées c’est moche.

Option 2: Déstabiliser puis éradiquer. C’est propre, net et ça ne laisse pas de trace. Traduisez: On disparaît soudainement de la conversation et on efface tous les messages. La fête est finie. Plus de « smiley parade ». Bam! On s’en sort sans dégâts collatéraux.

Option 3: L’attaque frontale. On lance la Guérilla sans foi ni loi. Objectif visé: le point faible. Et nous avons tous en commun le même: notre égo. C’est tellement bas que pour se donner de l’aplomb, je propose de se rappeler en boucle cette phrase de Georges Orwell : « Dans ces temps de tromperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire ». Voilà, ça c’était pour se convaincre que le Che aurait fait pareil et on dégoupille le message: « Tu es comme tes smileys: vide, creux, chiant et agaçant ». Boum!  Résultat: On risque quand même de passer pour une tarée illuminée.

Peu importe la méthode, souscrivons tout de même au verdict de cette «punchline» de rap français: «A la fin de la partie, le Roi et le Pion retournent dans la même boîte ». Voilà qui ferait ravaler à Sun Tzu, son manuel de stratégie militaire. 🙂