Le féminisme est l’avenir de l’homme

Je passais une après-midi paisible entre une pub H&M sur le féminisme, un article de presse politique sur le féminisme, un discours de Michèle Obama sur le féminisme, un autre sur les poils féministes… Je commençais à songer que j’allais moi aussi en rajouter une ptite couche et écrire une chronique sur le féminisme, bien au chaud dans mes grosses chaussettes féministes et constatant que mes jambes n’avaient pas été épilées depuis longtemps… Je me suis dis: voilà c’est le bon moment. Vas-y écris un truc! Mais rien… Rien que des banalités déjà répétées partout. Et puis je suis tombée là-dessus:

Qu’est-ce que ça exige, au juste, d’être un homme, un vrai?

« La virilité traditionnelle est une entreprise aussi mutilatrice que l’assignement à la féminité. Qu’est-ce que ça exige au juste, d’être un homme, un vrai? Répression des émotions. Taire sa sensibilité. Avoir honte de sa délicatesse, de sa vulnérabilité. Quitter l’enfance brutalement, et définitivement: les hommes-enfants n’ont pas bonne presse. Etre angoissé par la taille de sa bite. Savoir faire jouir les femmes sans qu’elles sachent ou veuillent indiquer la marche à suivre. Ne pas montrer sa faiblesse. Museler sa sensualité. (…) Devoir faire le premier pas, toujours. N’avoir aucune culture sexuelle pour améliorer son orgasme. Ne pas savoir demander d’aide. Devoir être courageux même si on n’en a aucune envie. Avoir un accès restreint à la paternité. Réussir socialement, pour se payer les meilleures femmes (…) »

Cet extrait est tiré du livre King Kong Théorie de Virginie Despentes. Il s’agit d’un essai féministe paru en 2008. Ca date un peu mais le propos n’a pas pris une ride. Preuve s’il en est que le temps passe mais que les idées elles, peinent à avancer. Et dans cette ivresse médiatique très actuelle autour du féminisme, faut dire que Virginie elle te dessoule d’un coup. Surtout quand au milieu de ta lecture, tu tombes sur ces lignes tirées comme des flèches… Dans le mille. Parce que c’est vrai, quid des hommes dans toute cette histoire de femmes? A quand le «masculinisme»?

Bon le terme n’est pas des plus heureux hein. D’ailleurs je n’aime pas cette idée très clivante d’un groupe qui se définit « contre », « en opposition à »… C’est pour ça qu’il y a quelque chose qui me dérange dans le mot « féministe ». Il gagne peut-être à être requalifié. Le nom a été trop malmené, trop trituré au fil du temps. Il est devenu flou, fourre-tout, bourré d’idées reçues. Mais surtout le féminisme ne s’adresse pas qu’aux femmes, comme le terme pourrait le sous-entendre.

« La mode n’est jamais fonctionnelle. Elle est toujours symbolique. Elle représente les valeurs d’une époque. »

Le féminisme est d’abord une entreprise de revalorisation du «féminin» et de ses attributs. Une revalorisation au service des femmes mais aussi des hommes. Oui oui. Et ça, on a trop souvent tendance à l’oublier. Prends l’exemple de la mode. Les femmes ont longtemps été limitées à un vestiaire donné. Robe, jupon, corset… Et elles ont peu à peu bousculé l’ordre établi, piochant ici et là dans le vestiaire masculin. Si bien qu’aujourd’hui, il serait impensable de dispenser la femme de sa paire de jeans boyfriend.

De l’autre côté, il ne viendrait pas à l’idée d’un mec d’emprunter la jupe de sa copine. On n’a encore jamais vu un type dire en arrivant au travail: « J’ai mis ma jupe girlfriend rose ce matin, elle est cool tu trouves pas? » Qu’il le fasse et il sera lynché publiquement ou pire, envoyé aux urgences psychiatriques. C’est que la jupe a toujours été historiquement, le symbole du sexe faible.

En revalorisant le féminin, on offre la possibilité aux hommes de s’approprier les vêtements de la femme à leur tour. Parce qu’au fond, pourquoi les hommes devraient-ils se limiter à des pantalons, à des gels douche au parfum musqué et superdégueu’ ou encore à une vague crème hydratante pour prendre soin d’eux? Pourquoi devraient-ils se couper systématiquement de leur « féminité »?

« Je trouve les mecs hyper lents à entrer dans le débat et à se l’approprier. Hyper lents à se donner le droit de porter une jupe, se maquiller même… »

Si bon nombre de nanas l’ont bien compris, je trouve les mecs hyper lents à entrer dans le débat et à se l’approprier. Hyper lents à se donner le droit de porter une jupe, se maquiller même, hyper lents à  revendiquer le droit de choisir de rester à la maison pour élever leurs gosses en paix. Lents à comprendre qu’ils n’ont rien à perdre en se greffant au combat des femmes, non pas pour les soutenir elles, mais pour eux-même.

A l’heure où la crise économique ne garantit plus à la gente masculine son statut d’homme fort qui subvient aux besoins du foyer et où la société continue de la priver du congé paternité, les mecs gagneraient à faire un pied de nez à l’injonction «sois fort, courageux, riche et domine!» Des impératifs qui sonnent désuets. Et tout ça au nom de quoi?

In nomine Patris.
Amen.

Mais c’est quand au juste qu’ils disent aaa…merde? Les quelques voix masculines qui s’élèvent aujourd’hui restent trop disparates. Les métrosexuels ont quant à eux disparus aussi vite qu’ils sont arrivés parce qu’on leur a reproché un manque de virilité notoire. Comme si la virilité se mesurait au pot de crème que tu t’étalais sur le visage. Des reproches qui venaient des hommes comme des femmes d’ailleurs. Il faudrait qu’à leur tour, ces dernières laissent de l’espace aux hommes pour se saisir de leur part de féminité. Puisque si ces dames portent des pantalons aujourd’hui, c’est aussi parce qu’un jour ces messieurs ont commencé à les trouver désirable dans ce vêtement.

Et la boucle est bouclée.