La Noise: musique sadique et paires de gifles

Vas-y! Sors-moi de mes sentiers battus et rebattus genevois! Fais-moi vivre un truc de ouf’! Enlève-moi à mes monotones clics gauche-droit de souris! Je veux vivre un truc nouveau! Fous-moi des claques ou retourne-moi le bide, je me sens parfois glisser dans un processus morbide. N’importe quoi, trouve!

L’heure est grave. Donc il a trouvé.

Non, pas une orgie sado-maso dans un sous-sol clandestin mal éclairé… Mon pote m’a embarqué à un concert de Kevin Drumm à la Cave 12. Et Kevin Drumm c’est de la Noise musique. C’est même l’un des maîtres de ce son de nerd.

De la Noise Musique?

Si tu ne sais pas exactement ce que c’est, ne t’inquiète pas, je ne suis toujours pas sûre de l’avoir compris moi-même. Mais ce que je peux te dire c’est que ça fait peut-être le même effet qu’une orgie SM dans un sous sol clandestin mal éclairé. Parce que oui, il faut avoir un ptit penchant maso’ pour traverser l’expérience.

Dans le lieu, une quarantaine de personnes, presque que des mecs sapés en noir, dans une cave effectivement mal éclairée. Une faune mystérieuse, calme, disciplinée, statique. Tous des disciples d’âges différents. 20 ans pour lui, plus de 40 pour l’autre. Ils ont en commun la même bière à la main et l’attente… Celle de la communion à venir. Véritable messe immobile où le prêche est donné par un artiste sadique aux tympans certainement explosés par les Biiiiiiirrrrrzzzzggghhhrrrrr et les Schriiiiiiinnnnnggggg qu’il s’inflige depuis 20 ans.

C’est une attaque frontale, un bras de fer ou un voyage grande vitesse dans un monde parallèle où tout ne serait que métal, mécanique, grincement, turbine, déflagration.

En fait la « noise musique » ou « musique concrète » c’est du bruit. Elle a brisé tous les codes esthétiques de la musique. Il ne faut donc pas s’attendre à un arrangement bien rythmé ou à des instruments de musique classique. Les sons sont hyper déconstruits, hyper saturés, brutes. Cet «art» a même donné naissance à une vaste littérature composée d’essais, de concepts philos… Bref, de l’aaaart je vous dis. Du vrai. Du contemporain. Un truc qui cherche à repenser la musique. A provoquer une réaction.  Un malaise même. Et pour ce, tous les coups de fouet sont permis. Un bruit qui s’apparente à celui d’un réacteur d’avion ou à une craie qui rase un tableau noir… Le tout envoyé à fond pendant 45 minutes pour ce concert.

Résultat: Le son prend forme. Il fait vibrer ton thorax, les filaments en laine de ton pull, hérisse tes poils. Il claque. Il siffle. Il gifle. C’est une attaque frontale, un bras de fer ou un voyage grande vitesse dans un monde parallèle où tout ne serait que métal, mécanique, grincement, turbine, déflagration.

Ca se situe quelque part entre un truc complètement jouissif et carrément désagréable. C’est à la limite du psychologiquement acceptable mais ça passe. Et c’est certainement ça qui est le plus surprenant: ça passe. En temps normal, on fuirait ce genre de bruit.  Parce que bon, t’as encore jamais vu quelqu’un s’arrêter devant un chantier pour apprécier la symphonie du marteau piqueur. Mais là, pas le choix. Tu t’y exposes volontairement. Et une fois le stade du rejet instinctif dépassé, ce qui était désagréable devient supportable… voir même agréable en fait.

Voilà une expérience à convertir n’importe quel douillet, en redoutable masochiste… Ou presque. Toujours est-il que la Noise musique désaltère bel et bien tous les assoiffés d’expériences nouvelles.

Conseil d’utilisation pour la musique suivante: à écouter dans une pièce noire à 100 décibels… Au moins.