Se masturber sur du Michel Onfray

-Michel Onfray ? Le philosophe français un peu grisonnant?
-Ouais, ouais.
– ???

On ne dit pas assez que l’intelligence peut être hautement sexy, hautement excitante. Ni non plus, que l’ennui est propice à toutes les masturbations, à commencer par la masturbation intellectuelle qui, contrairement à la version sexuelle, mène assez rarement à la jouissance. M’enfin…

C’est lors d’un jour d’ennui, classique dimanche pluvieux, que j’ai tout naturellement (ou presque) décidé d’écouter une série de conférences radio de Michel Onfray. Façon de contrecarrer la crétinisante errance dominicale au profit du «mourrons moins con!»… C’est toujours ça de gagné!

« Et oh oui Michel! Sussurez-moi à l’oreille que Nietzshe, Kant, Freud. »

Alors les heures passant… Sa voix… Ses propos sur le plaisir… Son statut de philosophe qui lui donne cette autorité naturelle… Et cette ambiance pluvieuse… Et oh oui Michel! Susurrez-moi à l’oreille que Nietzsche, Kant, Freud… Glissez en moi toutes vos idées… Inculquez-moi votre long savoir! C’est transcendant tout ce concept du surhomme, cette psychologie du stade anal, cette critique de la raison pure. Oh mon dieu… Est mort peut-être… Mais vous, vous êtes bien vivant!

Hum…
Bref.

J’ai donc découvert que Michel Onfray avait un certain potentiel érotique. Et dans la foulée, qu’il pouvait être plus efficace que n’importe quel porno. Est-ce à dire qu’il y aurait un lien clair et concomitant entre intellect et libido?

A en juger par le niveau de QI de certains de mes ex, pour ma part rien n’est moins sûr. Et mes délires pseudo-intello-élitistes ne peuvent rien face à mon très discutable palmarès amoureux.

Néanmoins, pour certains c’est une évidence. D’ailleurs l’hyper attractivité de l’intellect a même donné naissance à un néologisme: Sapiosexuel. Non il ne s’agit pas d’hommes des cavernes mais de personnes qui trouvent l’intelligence attirante au point qu’elle occupe la première place dans leur imaginaire sexuel. Et dont cette réplique de la série Sherlock entendue récemment, leur colle à la peau: Brainy is the new sexy.

brainy-is-the-new-sexy

Vraiment?

Que penser de cette tendance qui voudrait remettre au goût du jour la vieille lutte du corps contre l’esprit? Pire, qui tendrait à hiérarchiser le désir, avec cette idée sous-jacente et très pieuse, que la meilleure version de nous-même n’a pas de sexe.

Bon, étant donné que les préliminaires commencent bien avant le lit (oui oui)… il est difficile de ne pas admettre au moins que l’esprit à son importance en matière de désir. C’est vrai, c’est quand même beaucoup plus excitant un mec ou une nana qui te challenge un peu intellectuellement, qui te parle d’un ton passionné d’un truc passionnant, qu’un autre qui te raconte que Florence c’est nul parce que tu ne peux pas y faire de roller… C’est tout pavé partout.

Voilà, voilà.

Mais est-ce à dire que l’intelligence est, comme pour les sapiosexuels, un conditionnel absolu du désir? Une question qui en pose tout un tas d’autres d’ailleurs: De quel genre d’intelligence parle-t-on? A quoi la mesure-t-on?  Et puis c’est pas parce qu’on est intelligent et cultivé qu’on ne peut pas être en même temps, un sombre con, nan?

« Cette vision met peut-être en exergue la peur de certains face à un monde ultra-charnel, hyper-sexualisé ou tout ne serait réduit qu’au corps, à l’apparence, au stigmate. »

Le débat est sans fin mais l’idée induite serait que le sexe est meilleur quand il est purement cérébral, et le désir plus légitime quand il porte sur un esprit cultivé et un certain niveau d’instruction.

Et voilà qu’un lourd parfum de perruque poudrée et de poussiéreuse correspondance amoureuse nous donne envie d’éternuer.

C’est le moins qu’on puisse dire puisque ce postulat ressemble plus à une réaction épidermique face à la toute puissance du corps qu’à une véritable attraction. En fait, cette vision met peut-être en exergue la peur de certains face à un monde ultra-charnel, hyper-sexualisé où tout ne serait réduit qu’au corps, à l’apparence, au stigmate.

Pêché parmi les pêchés.

Là où certains prônent le culte du corps, se soumettant au diktat de l’image, d’autres comme les sapiosexuels, leur opposent la suprématie de l’esprit… Seule valeur noble et authentique qui mènerait à la véritable jouissance et que nos bas instincts charnels ne savent qu’imiter…

Seul hic (ou pas), il est impossible d’extraire le corps de la sexualité. Comme il est impossible de trancher dans le débat. Le désir est capricieux. Il ne répond à aucune règle ou presque. Vouloir placer l’intellect au sommet de la pyramide est aussi absurde que vouloir y mettre le corps seul. Le désir reste quelque chose de complexe et dont on sait qu’il convoque bien d’autres aspects: la chimie, l’état d’esprit, l’intellect, la psychologie, le corps… Il faut une concordance de toutes ces variables ou de quelques unes pour que la masturbation intellectuelle de bistrot puisse mener à l’orgasme sexuel au lit.